Lysistrata, une œuvre intemporelle et audacieuse
Créée en 411 avant J.-C. à Athènes, Lysistrata est l’une des comédies les plus célèbres du théâtre antique. Dans cette pièce, l’héroïne éponyme convainc les femmes de Grèce de refuser tout rapport avec leurs maris tant que ceux-ci n’auront pas mis fin à la guerre du Péloponnèse. Entre farce, provocation et plaidoyer pour la paix, Aristophane signe une œuvre d’une modernité stupéfiante, qui résonne encore avec une force particulière aujourd’hui.
Monter Lysistrata avec des lycéens, c’est leur offrir une rencontre frontale avec les origines du théâtre occidental tout en abordant des thèmes universels : la guerre, le pouvoir, la résistance, la négociation. « Ce texte est à la fois drôle et profondément politique », explique le professeur encadrant. « Il demande aux élèves de comprendre un contexte historique tout en s’y projetant. Et de le montrer sur scène avec leurs corps, leurs voix… et leurs costumes. »
Concevoir avant de construire : le travail de recherche
Avant de toucher le moindre tissu, les élèves ont mené un véritable travail de recherche iconographique et historique. Vases grecs, fresques antiques, représentations théâtrales de l’époque hellénistique : la classe a plongé dans les sources visuelles pour s’imprégner de l’esthétique grecque antique — chitons, péplos, himations, couronnes de laurier, sandales à lacets.
Puis est venue la phase de création. Chaque élève ou groupe a élaboré des croquis de costumes pour les personnages dont il avait la charge. Couleurs symboliques, matières, longueurs, ornements : chaque choix a été argumenté, débattu, parfois revu. « On a réalisé que le costume, c’est déjà une mise en scène », confie Liana, « La façon dont un personnage est habillé dit quelque chose avant même qu’il ouvre la bouche. »
Ondine Rux et Méta Morph’Ose : une transmission précieuse
C’est là qu’intervient Ondine Rux, costumière et accessoiriste, fondatrice de la société Méta Morph’Ose. Artiste aux multiples cordes à son arc — dessins, transformation de matériaux, création de décors — elle accompagne les élèves tout au long du processus de fabrication, avec une pédagogie aussi bienveillante qu’exigeante.
« Mon rôle, ce n’est pas de faire à leur place », précise-t-elle. « C’est de leur transmettre des techniques, de les aider à réaliser ce qu’ils ont imaginé, et parfois à retravailler leurs idées pour qu’elles soient faisables. Il y a une vraie conversation entre leur vision artistique et les contraintes du réel. »
Sous sa direction, les élèves ont appris à coudre à la machine, à draper des tissus sur un mannequin, à teindre des étoffes, à patiner des matières pour leur donner l’apparence du vieux, du noble, du guerrier ou du populaire. Chaque séance avec Ondine est à la fois un cours de technique et une leçon de regard : comment fabrique-t-on des symboles scénique ? Comment un vêtement, un accessoire, raconte-t-il une époque, un statut social, une intention ?
Des décors nés des mains des élèves
Parallèlement aux costumes, les élèves travaillent à la création des éléments scénographiques. L’Acropole d’Athènes — lieu central de l’action — prend forme sur des décors peints, à base de colonnes doriques stylisées. Des accessoires, tels que les boucliers faits à base de matériaux de récupération récoltés par les élèves, sont réalisés au FabLab de Kourou, que nous remercions pour leur partenariat.
Là encore, c’est Ondine Rux qui guide les mains et les regards. « Elle nous a appris à créer des effets de matière avec presque rien », raconte Jamson, « C’est magique. »
L’enjeu n’est pas de reproduire fidèlement l’Antiquité, mais d’en donner une vision vivante, théâtrale, qui serve la comédie sans l’écraser. Le parti pris esthétique assumé : une Grèce antique colorée, presque naïve, qui rappelle autant les céramiques du V e siècle que les illustrations des livres d’enfance.
Un projet qui forge des compétences et des liens
Ce chantier collectif — car c’est bien de cela qu’il s’agit — transforme imperceptiblement la dynamique du groupe. Coudre ensemble, peindre côte à côte, résoudre des problèmes concrets, accepter que son idée soit modifiée ou améliorée par un camarade : autant de situations qui forgent des compétences humaines aussi précieuses que les savoir-faire techniques.
« On apprend à travailler ensemble différemment qu’en cours », résume Camille, « On est obligés de s’écouter, de faire des compromis, de faire confiance aux autres. Et quand on voit le résultat — le costume fini, le décor terminé — c’est une fierté collective. »
Bientôt sur scène
La pièce approche. Les costumes sont ajustés sur les corps des comédiens, les décors peaufinés dans leurs derniers détails. Lysistrata prend vie, dans toute la drôlerie et la force subversive qu’Aristophane lui avait insufflées il y a deux millénaires et demi — mais portée, cette fois, par des mains de lycéens et une créatrice passionnée.
Un rendez-vous prochain à ne pas manquer.









